samedi 8 janvier 2022

 

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     La réception à la clinique du Docteur Fontaine bat son plein. Au cœur d’un petit groupe d’invités, Camille prend plaisir à énumérer les anecdotes qui ont émaillé son récent déménagement, et en vient dans la foulée à partager sa perplexité devant certain cas délicat auquel elle a été confrontée lors d’une récente séance de consultation.

-On peut en parler, si ça vous dit… !

Ces quelques mots ont été prononcés dans son dos. Camille se retourne et se trouve nez à nez avec un homme de belle stature, au visage souriant et sympa.

-En parler ? s’étonne-t-elle. C’est vous qui venez de dire ça ?

-Oui, c’est moi… Enfin, si ça vous tente, concède-t-il, avec un geste évasif.

-Mais, parler… de quoi ?

-Eh bien, des questions que vous vous posez ! Vous en parliez avec vos amis il y a un instant, non ? Vous disiez que vous avez des doutes à propos de l’attitude à adopter vis-à-vis d’un de vos patients… Un certain petit Jules, si j’ai bien compris.

-Oui, c’est ça… Mais, vous voulez dire… en parler avec vous ? Vous, en particulier ?

-Oui… Si vous le souhaitez, bien entendu !

-Pourquoi ? Vous êtes psy ?

Il écarquille les yeux, malicieux :

-Vous trouvez que j’ai l’air d’un psy ?

De petits rires étouffés sont perceptibles derrière elle. En effet Catherine, sa copine et les autres médecins, n’ont pas résisté à la tentation de se rapprocher et suivent l’aparté avec un intérêt manifeste.

Un tantinet déstabilisée, Camille se réfugie dans une formule d’excuse : 

-Peut-être pas « psy » mais… vous avez l’air très sûr de vous !

-Parce que vous pensez que les psys sont pleins de certitudes ? Si sûrs d’eux ?

-Non, je ne dis pas ça…

Toujours finaud, l’homme pousse à la provocation, et d’un air mutin : :

-Alors dites-moi, par exemple…  Dans quelle profession me voyez-vous ?

La perche est inattendue, elle se sent mise en demeure de répondre.

-Je ne sais pas moi…

-Allons, réfléchissez, appuie-t-il.

-Allez, Camille ! abonde Catherine toute  émoustillée… Un peu d’imagination, que diable ! Quel peut bien son métier, à ce bougre ?

Alors puisqu’il qu’on l’accule à un jeu du chat et de la souris :

-Euh, je dirais… Pédiatre !

-Noon !

-Instituteur, alors ?

-Du tout ! Vous vous égarez, Camille tranche le maître de la joute improvisée.

- ???

-Vous ne voyez toujours pas ? Eh bien, voilà, je me dévoile : je m’appelle Christophe Bourlard. Chris pour les intimes ! Et je suis ostéopathe. Vous savez : « Ostéopathe » ! Celui qui soigne les raideurs du corps en faisant « crac crac » avec les articulations !

Il se fend cette fois d’un large sourire moqueur, les autres éclatent de rire, et Camille rend les armes ;

-Eh bien, cher Monsieur l’ostéopathe, concède-t-elle, je suis flattée de faire votre connaissance !

Même si elle a été déstabilisée par ces échanges à fleurets mouchetés, Camille s’est en fin de compte amusée de la bonne humeur communicative des uns et des autres. Et, intriguée surtout par le défi et les assauts de l’intrus.

Lui, Chris Bourlard, tout en la taquinant, ne l’a pas quittée des yeux.

 

   Mais la voix du Docteur Fontaine se fait entendre du fond du local et le bruit des conversations baisse d’un ton. Les groupes se disloquent, on s’approche de l’hôte qui entreprend de s’exprimer sur le pourquoi de cette réunion festive et sur l’objectif généreux qu’il poursuit dans le cadre de la médecine infantile.

Fin du speech enfin, couronné par des applaudissements. L’assemblée se démantèle, les uns se dirigent vers le petit bar, d’autres sont à la recherche des plateaux de zakouskis qui circulent, on se frôle, on se bouscule. Camille, elle, se fraie un chemin vers le Docteur Fontaine pour aller le féliciter quand une main la sollicite à l’épaule

-Oui ?

C’est Bourlard.

Il est sur le départ, dirait-on… Il sourit , comme toujours, et exhibe un carton qu’il tend à Camille.

-Tenez, souffle-t-il avec un clin d’œil ironique… Sait-on jamais, s’il vous arrivait de vous casser le dos !

Camille jette un coup d’œil à la carte de visite et s’apprête à lui répondre mais il s’est déjà fondu dans la foule…

8 commentaires:

  1. Bonjour Micheline,
    Je te souhaite tout d'abord une excellente année.
    Pour en venir à ton récit, tu en relances l'intérêt avec ce Chris charmeur qui se glisse dans l'univers de Camille. Est-ce le début d'une belle relation ou, sous son air sympathique mais intrusif, ce Chris cache-t-il une personnalité manipulatrice ? Bref, quelles sont ses intentions ?
    Camille semble être l'oiseau pour le chat avec son côté spontané et maladroit, sa volonté de bien faire et ses doutes. Que l'avenir lui réserve-t-il ?
    J'ai hâte de lire la suite de ton récit.
    José

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  2. Micheline, je te souhaite une excellente année 2022, dans tous les domaines pour toi et tes proches.
    Je me régale de ton personnage de Camille, et je me sens très concernée par ce nouveau personnage. Tu as su lui donner une belle ampleur, que l'on sent partagée positivement dans l'esprit de Camille. Une romance, ou une très grande amitié se dessine ? Cet individu a l'air bien prompt à la déstabiliser, est-ce un grand dragueur, ou juste un collègue taquin ? Il se montre efficace et rapide, ce qui peut inquiéter... ou rassurer, c'est selon... Tout direct qu'il soit, pourvu qu'il ne soit pas cruel, car la « remise à neuf » de notre charmante Camille est toute récente, et elle risquerait de subir un choc s'il montrait trop de méchanceté. Et si l’état de l'enfant pouvait la pousser à être plus concrète plus rapidement ? Ou celui de la mère de l'enfant ? Véro L.

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  3. Je te souhaite une belle année Micheline.
    Que du plaisir à lire ton texte. C’est léger, amusant, annonciateur de quelque chose entre Camille et ce bien sympathique Chris. Mais te connaissant il y aura des rebondissements et ta fiction ne sera pas forcément, une histoire d’amour ! J’attends donc ta surprise. Que vas-tu nous offrir ? Bien à toi, FRANCOISE.

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  4. Bonjour Micheline,
    Belle, douce et lumineuse année à toi.
    Comme toujours, ta plume séduit autant que ton récit. On ne s'y ennuie pas et la lecture est plus qu'agréable. Ce bel ostéopathe me semble trop parfait pour ne pas être doté d'une encombrante épouse... trop classique ? Il pourrait être le papa séparé du petit Jules et cacher soigneusement son souhait que Camille ne s'en occupe pas trop. Ou alors, le Dr Fontaine a des projets pour Camille qui l'éloigneraient de tout ce petit monde... Voilà: bonne pêche. Je suis sûre que tu trouveras encore autre chose :-)
    Amicalement.
    Andrée

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  5. Bonjour Micheline,
    Que c'est agréable de voir une Camille libérée de ses tracas et ouverte à une nouvelle aventure.
    Bel ostéopathe, trop beau pour être honnête ?
    Ses copines la préviendont qu'il est marié et un invétéré séducteur...
    C'est sans doute trop simple et trop dans la lignée de ce qu'elle a vécu jusqu'ici mais ne refait-on par souvent les mêmes erreurs ?
    Bah ! Tu nous étonneras encore et nous séduiras par ta sublime délicatesse.
    Encore tous mes voeux pour l'an qui vient.
    Bien amicalement,
    Jan.

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  6. Mes suggestions :
    - Camillle choque les parents du petit Jules et ils l'éloignent d'elle...
    - Une patiente fait un malaise grave dans son nouveau cabinet et cela l'ébranle particulièrement...
    - Une nuit, le bel ostéo sonne à sa porte complètement ivre...
    Bien à toi,
    Jan.

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  7. Bonjour Micheline, et tous mes voeux pour 2022 !

    Effectivement, Chris relance l'intérêt de la nouvelle et en même temps, Camille n'a toujours pas de réponses à ses questions. Est-elle seulement déstabilisée ? Si elle n'a pas trop d'amour propre, Camille peut sans doute accepter les rires et les paris qui sont peut-être pris dans son dos quant à savoir si elle tombera dans le lit de l'ostéopathe. C'est peut-être lui qui lui cassera le dos pour justifier les soins qu'il pourra ensuite lui apporter. Elle pourrait aussi se repasser le film de cette soirée et se convaincre que ce Chris ne lui apportera rien de bon et se méfier tant et si bien qu'il finirait par tomber vraiment amoureux tandis qu'elle filerait le parfait amour avec son compagnon, celui dont elle ne partage pas le toit et dont il n'a pas encore été question.
    Comme les autres, je te fais connfiance tu ne seras pas à court d'idées.
    Bien à toi Gisèle

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  8. Bonjour Micheline,
    Ce texte fait suite au précédent. La consigne était que Camille manipule quelqu’un. C’est apparemment le contraire que tu nous racontes, mais peu importe, ça fonctionne puisque cela fait avancer le récit en introduisant un personnage qui pourra y jouer un rôle. Et je ne suis pas la seule à me poser la question : est-il vraiment aussi sympathique qu’il paraît ? L’écriture est comme d’habitude fluide et élégante. Les nuances sont subtilement marquées.
    J’ai relevé trois détails qui me semblent intéressants à décortiquer.
    « -Noon ! »
    Ce « non est supposé indiquer que Camille se trompe totalement. Ainsi orthographié et ponctué, il traduirait plutôt l’étonnement, notamment par le point d’exclamation et peut faire croire qu’elle est tombée juste du premier coup.
    Pour marquer une forte dénégation, il faudrait peut-être utiliser une formule courte mais plus explicite ou alors un simple « Non. », mais cela me semble un peu sec. Je penserais à quelque chose genre » Pas du tout »…« Tu n’y es pas ! »
    « Il est sur le départ, dirait-on… Alors que jusqu’à présent on avait affaire à un narrateur extérieur qui assiste à la réception, voilà que soudain il s’adresse à quelqu’un… à qui ? Cette phrase est de l’ordre du dialogue entre deux personnes présentes. « Il semble sur le départ. » conviendrait mieux.
    « Il sourit, comme toujours, … »alors que ce narrateur spectateur ne décrit que ce qui se passe dans la salle, le « comme toujours » en fait soudain un narrateur omniscient qui connaît le comportement habituel de Chris. Il faudrait donc le supprimer.
    Au départ, Camille est en manque d’argent ou de pouvoir. Il serait peut-être temps de te demander ce qu’elle cherche vraiment mais, quoi que ce soit, un personnage de rencontre va lui mettre des bâtons dans les roues, lui causer un tort. On dirait que même le dé se méfie de Chris… quoique… ce ne sera peut-être pas lui le perturbateur.
    Bon travail.

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