lundi 8 novembre 2021

 


Camille Leclercq

Médecin généraliste

Domicile rue General Thys, Ixelles

En couple mais domiciles séparés

Pas d’enfants

Parents en Résidence d’accueil

Une sœur institutrice

Caractère ouvert, langage direct

Aime la nature, les Ardennes, les chiens et les chats

Citation de prédilection : « N’oubliez pas, on vit juste pour quelques rencontres. » - François Cheng

 

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      J’étais arrêtée au feu rouge quand j’ai tourné la tête vers le trottoir, et mon attention a été attirée par la devanture d’un magasin. La vitrine en était changée, elle avait pris l’allure d’un salon de coiffure. Bonne idée, je me suis dit, ça manque dans le quartier ! Par réflexe, j’ai jeté un coup d’œil à mon rétroviseur, mais très bref car le feu avait viré au vert et ça claxonnait derrière moi. Le soir, en me démaquillant, j’ai mesuré l’état de fatigue de mon visage… et de mes cheveux.

   Un rendez-vous chez ce nouveau coiffeur n’a pas été difficile à obtenir.

Et donc, aujourd’hui, cheveux mouillés et enturbannés, me voici aimablement invitée à m’asseoir dans un fauteuil devant une tablette et un grand miroir.

L’homme qui se tient derrière moi est grand, mince, souriant. Pas laid du tout. Nos regards se croisent dans la glace, son sourire est malicieux, interrogateur.

Et  je lui réponds avec un sourire du même acabit :

-Ben, oui… On coupe !

C’est décidé, il me faut une nouvelle tête ! J’ai surpris un nouveau sourire amusé, satisfait et, tout aussitôt, un cliquetis de ciseaux. Très vite,  des mèches sont sacrifiées,  des touffes de cheveux tombent à terre, et mes pensées en profitent pour se libérer. C’est le moment de mettre de l’ordre dans ma tête également. Oui, tout à l’heure en quittant il faudra que je fasse un saut à la supérette du coin pour m’y approvisionner en denrées indispensables, café, fromages, assouplissant lessive, légumes… Et plus tard, vérifier si Mariana aura bien rafraîchi la salle d’attente, et surtout mon  cabinet de consultation qui vient d’être réaménagé. Car les choses changent : je me suis affranchie de la tutelle du Docteur Fontaine et j’ai annoncé que je limiterais mes prestations au sein Centre Médical, mais il faut que je me focalise dorénavant sur ma propre patientèle. Et dans un environnement agréable, bien agencé et sain. Un virage, quoi ! En douceur, mais enthousiasmant.

   Surprise ! une petite main discrète vient de déposer devant moi sur la tablette un plateau avec un café et un biscuit. Merci ! Je ne résiste pas à ce moment de douceur… Mais pas longtemps pourtant. Le futur a nouveau m’interpelle. Plus urgentes que les questions de propreté du cabinet, il y a les options professionnelles qu’il serait bon que je choisisse. M’impliquer dans un Services des Urgences ? Je pourrais, car je possède le certificat. Me mettre en piste d’un débouché en Maison de repos ? Ou alors, faire des démarches pour obtenir l’accès aux consultations en prison ? Bref, les chemins à explorer ne manquent pas.

Ça se bouscule dans ma tête, pourtant pendant tout ce temps, je n’ai cessé de l’observer, lui. Il s’évertue à tourner consciencieusement autour de moi, se penche, fléchit les jambes pour affiner sa coupe, prend du recul, soupire pour s’encourager. Un ballet discret, pas désagréable du tout.

-Vous voulez bien vous levez, s’il vous plaît ? Il faut que je vérifie la nuque…

Enfin, satisfait de son travail, il fait pivoter mon fauteuil. Profil droit, puis gauche, et puis le dos avec recours à un miroir à main. J’opine du bonnet, on se sourit.

-Pas de laque, assène-t-il, c’est passé de mode ! Au contraire n’hésitez pas à vous passer la main dans les cheveux de temps à autres… Ça donne de la vie, du piquant à la coiffure !

J’approuve. J’ai horreur de ce qui est terne et mou.

 

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6 commentaires:

  1. Bonjour Micheline,
    Qui n'a jamais vu ses idées s'envoler avec la chute des mèches sacrifiées au renouveau ?
    Une évocation toute en délicatesse de ce moment de vie où de nouveaux choix se proposent.
    C'est précisément observé et bien rendu,comme ces regards qui peuvent augurer d'une nouvelle relation...
    Son manque ou ce qui lui ferait plaisir ? Une vie stable, ordonnée avec des horaires fixes et un chien source de catastrophes...
    Bien à toi,
    Jan.

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  2. Bonsoir Micheline,
    Je constate que Camille a décidé de changer de vie tant au point de vue professionnel que pour son aspect physique. Et peut-être dans ses amours, car je la sens troublée par ce nouveau coiffeur. Qu'en sera-t-il ?
    D'autre part je me demande pourquoi sa vie professionnelle à peine émancipée la pousse déjà à chercher de nouvelles opportunités. Ne risque-t-elle pas de trop en faire avec, à terme, un risque de burn-out ?
    Je suis curieux de savoir ce qui va lui arriver.
    José

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  3. Bonjour,
    Ravie de partager une nouvelle saison d’écriture avec toi. Perspective agréable et dès le prologue je retrouve mon plaisir à te lire.
    Bien vrai qu’un passage chez le coiffeur est propice à l’échafaudage de plans pour changer des choses dans nos vies. Effet de la nouvelle tête sans doute ! Camille n’échappe donc pas à la règle. Elle commence par lorgner le coiffeur puis rêvasse à de nouvelles orientations professionnelles.
    Serait-elle « touche à tout » ! Elle ouvre à peine un cabinet que déjà elle imagine des orientations tellement différentes… urgences, gériatrie, milieu carcéral.
    Elle ne vit pas avec son amoureux. Besoin d’indépendance ou de changement. (interrogation).
    Avec le coiffeur il pourrait se passer quelque chose ou bien l’histoire se renforce avec son compagnon. (interrogation).
    La suite t’appartient mais je l’attends avec plaisir Bien à toi FRANCOISE
    PS : pas trouvé le point d’interro sur clavier QWERTY.

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  4. Bonjour Micheline,
    Chic alors ! ... je retrouve ta plume, ton sens de l'observation et une jeune femme de prime abord bien sympathique. Je rejoins les autres commentaires. Qui n'a pas vécu ce que tu décris si finement chez le coiffeur ?
    Cela étant... que manque-t-il à Camille ou qu'est-ce qui lui ferait plaisir ? Je pense que la réalisation de son projet de médecine en milieu carcéral ouvrirait le plus de possibilités: abattre quelques lieux communs et préjugés, découvrir un milieu peu connu en tout cas dans plusieurs de ses aspects et qui sait rencontrer un bel avocat idéaliste ?
    Je me réjouis de lire la suite. Amicalement.
    Andrée

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  5. Bonjour Micheline,
    Oui, comme les autres, je m'étonne que Camille recherche d'autres débouchés alors qu'elle vient d'installer son propre cabinet de médecine. Comment vont évoluer ses relations avec le docteur Fontaine, a-t-elle l'intention de quitter le Centre médical ? Quel était son idéal quand elle a choisi les études de médecine ? On en sait encore trop peu sur les protagonistes de ta nouvelle ; je peux comprendre que tu ne veuilles pas t'enfermer trop vite. J'ai apprécié ton écriture vive. Il me semble qu'il y a un équilibre entre ce qu'elle observe du réel, du lieu où elle se trouve (en rue, chez le coiffeur) et ce qu'elle décrit de ses pensées intimes.
    Suggestion : sa soeur l'invite à passer entre jeunes-femmes une soirée de détente ou de divertissement.
    Au plaisir de te lire,
    Gisèle

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  6. Bonjour Micheline,
    Un début accrocheur. Très sympathique personnage, Camille, une femme d’aujourd’hui qui mène de front carrière professionnelle, soucis ménagers, sans oublier les plaisirs délicats de la séduction si légère soit-elle. Come José et Françoise, je me pose des questions sur ses motivations à vouloir, si vite après son installation en indépendante, trouver de nouvelles activités professionnelles : hyperactivité ? besoin de se sentir utile partout où elle passe ? Cela cacherait-il un manque essentiel ?
    L’écriture est toujours aussi plaisante, délicate et légère. Je te mets cependant en garde à propos des difficultés de l’écriture en « je » sur le long terme et je t’invite, si tu ne l’as déjà fait à lire le commentaire que j’ai mis à ce sujet au texte de Cathy, dans l’autre groupe.
    Un détail : il me semble que le premier paragraphe pourrait être un peu plus nourri : dire ce qui occupait les lieux avant le salon de coiffure et peut-être aussi qualifier la vitrine, montrer, même très brièvement en quoi elle est particulièrement attirante pour que Camille ait aussitôt envie d’aller chez ce nouveau coiffeur qu’elle n’a pourtant pas encore vu !
    On est très désireux de retrouver Camille qui pour l’instant est en manque d’argent et/ou de pouvoir.
    Bon travail.

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