En sortant de son lit ce lundi matin, Camille est loin d’imaginer les
moments surprenants et denses qu’elle va vivre dans la journée.
Ses premiers gestes après avoir
rejeté la couette, ce sont des pas prudents pour s’assurer de la solidité de sa
cheville. Puis ce sont des mouvements lents, mesurés pour ménager cette épaule
qui la fait toujours souffrir, surtout lorsqu’il s’agit d’enfiler un vêtement
ou même de se laver les dents. La sagesse veut qu’elle recoure sans tarder à
l’avis d’un collègue.
Pour l’instant, petit déjeuner
restreint et café lui apportent une diversion. Dans le courrier qu’elle dépouille,
une enveloppe retient son attention. L’adresse a dû être écrite par une main juvénile
pour faire parvenir un dessin : l’esquisse rudimentaire d’une maison, avec
un arbre et un soleil, le tout signé « Jules ». Camille sourit en
elle-même avec cette pensée réconfortante : j’ai bien fait de le confier à
un psy !
Tout en avalant un café de plus, elle
épluche son agenda, donne quelques coups de fil, répond à une demande de
rendez-vous, puis se décide à appeler un – et même deux – kinés, afin de leur soumettre son épaule. Mais, l’un
travaille à l’hôpital et est débordé ; et l’autre, absent pour cause de
congrès médical.
Une idée saugrenue lui traverse alors
l’esprit : Pourquoi pas Bourlard ?
Mais, aux dires de la secrétaire,
Bourlard lui aussi est surchargé, et inaccessible pour le moment car il donne
cours. Alors, pressée malgré tout par le temps, elle remet ses démarches à plus
tard et décide de se rendre à son cabinet de consultation à pied. Dans son
état, mieux vaut éviter de prendre le volant.
Elle est en pleine consultation lorsque son portable sonne. C’est
Bourlard ! Elle ne décroche pas pourtant, et attendra que son patient ait
quitté le cabinet pour rappeler.
-Allo, Docteur, Bourlard ?...
Bonjour ! C’est moi, Leclercq à l’appareil ! Docteur Leclercq…… Vous
vous souvenez ?
-Leclercq ? Quoi, Camille, Leclercq ? La Camille du petit Jules ? appuie-t-il d’un
ton ironique.
-C’est c’est ça, oui. Celle de la
réception du Dr. Fontaine.
-Oui, oui, je me souviens…
-Heureux de vous entendre,
Camille !... Quel dommage d’avoir raté la promenade, hier… ! Vous
nous avez manqué !
-Justement, j’aimerais avoir un
rendez-vous…
-Ah, oui? C’est quoi, le
problème ?
-Mon épaule… Une mauvaise chute.
-On a fait des folies de son corps,
Camille ? Non ?... Alors, disons… 19h ? Après mon dernier
patient.
L’échange était léger, cordial.
Rendez-vous est pris.
Et quelques heures plus tard, Camille franchit le seuil du Cabinet d’Ostéopathie.
Sans attendre qu’elle lui tende la
main, il lui indique le siège devant son bureau.
-Alors, chère consœur, que se
passe-t-il ?
Elle explique.
-Je vois… Eh bien, nous allons
examiner ça !... Venez par ici, à ma table d’examen… Prenez place.
Camille obéit, s’assied, intimidée.
Lui, ne blague plus, ne sourit plus, il a opté pour le profil « blouse
blanche ».
-Il faut sans doute que… ? souffle-t-elle en
l’interrogeant du regard.
-Ben oui, le chemisier !
Démunie, troublée de devoir se
déshabiller et se retrouver devant lui en soutien-gorge, elle ne peut réprimer
un frisson.
-Vous avez froid ?
S'agit-il d'un un trait d’ironie? Elle
entreprend de se libérer délicatement d’une manche, d’abord ; puis de
l’autre, tout en jetant un coup d’œil à la dérobée à cet homme qu’elle n’a
croisé qu’une seule fois lors d’une réception, qui l’avait taquinée mais qui l’avait aussi troublée plus
qu’elle n’aurait voulu, et qui pour l’instant est à nouveau maître de la
situation.
Lui à présent, l’invite à lever le
bras, vers le haut, vers l’avant, puis vers l’arrière, attentif à la moindre
crispation de son visage.
-Je vois, conclut-il après un moment.
Mais attendez… Juste une petite vérification encore. Il s’est glissé derrière
elle cette fois, et s’applique à faire jouer les ligaments des omoplates. Elle
le sent exercer dans son dos des manipulations précises… des touchers délicats,
prudents, qui peu à peu s’espacent, se font doux, de plus en plus doux… N’est-ce
pas un souffle qui vient d'effleurer nuque ? Le silence dans la pièce
s’est fait de plus en plus opaque. Une tension électrique s’est emparée d’elle,
son cœur bat la chamade.
Enfin, il revient à elle, de face,
avec un regard appuyé. A-t-il ébauché un geste? Une hésitation d’une
fraction de seconde ?… Non, il choisit de prendre du recul.
-Pas grave tout ça, Madame Leclercq,
conclut-il, satisfait. Quelques séances de kiné et ce sera tout.
C’en est fini des hésitations. Il a
retrouvé son style « blouse blanche » et met fin à l’entretien avec
un de ces sourires dont il a le secret, mi bienveillant, mi moqueur. Profond.
Dehors, c’est au tour de Camille de
se dire « Dommage… ! »
Mais, plus tard… qui sait ?
Bonjour Micheline,
RépondreSupprimerC'est avec un coeur enjoué de midinette, que je découvre et apprécie avec bonheur cette histoire romantique qui pourrait se prolonger à l'infini avec des appels à l'amour et soupirs d'impatience dans ce milieu des blouses blanches qui fait fantasmer les lectrices des romans photos, et j'aime ça. On n'a encore tué personne, mais ça pourrait venir en douceur. Certes, pour une courte nouvelle, le rythme est trop lent. il n'y a pas de rebondissements spectaculaires ni d'intrigues à tenir en haleine, mais le personnage du petit
Jules mérite toute notre attention car il pourrait bien nous surprendre, non ? A moins qu'une relation très intime avec Chris Bourlard aux mains expertes, malgré son nom qui n'évoque pas spécialement celui d'un Prince charmant, n'aboutisse à des scènes qui fassent rougir tes lectrices et inspirent tes lecteurs. Rien qe d'y penser, déjà tu me fais rêver...
Bien amicalement
Christiane
Bonjour Micheline,
RépondreSupprimerQue tout cela est enjoué, plaisant à lire, plein de finesse ! Tu décris avec maestria les sentiments de Camille et tu nous la rend encore plus attachante.
Si bien que tu nous laisses avec un sentiment de trop peu. J'aimerais savoir ce qui va arriver à cette jeune femme. Va-t-elle revoir Bourlard ? Autrement que dans un cadre professionnel ?
Pas de doute ta nouvelle réclame une suite. Suite que je lirai avec délectation.
Merci pour ces moments de plaisir que tu nous apportes.
José
Bonjour Micheline,
RépondreSupprimerJe suis bien d'accord, tu nous laisses sur notre faim. On aimerait connaître le sort du petit Jules et savoir ce qu'il en est du curieux Dr Bourlard. Pourquoi ne s'est-il pas préoccupé de la cheville de Camille et n'avoir consacré à son épaule qu'un examen sommaire? Etait-il plus troublé qu'il ne l'avait anticipé ? Son professionnalisme n'est-il que de surface ? Une suite... une suite... une suite, s'il te plaît ! Amicalement. Andrée
Bonjour Micheline,
RépondreSupprimerToujours un plaisir de te lire...
Une relation professionnelle alors que Camille s'attendait (espérait ?) plus de complicité avec son kiné... N'est-ce pas normal, cette distance ?
Camille est encore un peu naïve et c'est charmant mais c'est ce qui explique partiellement ses déboires sentimentaux. Mais plus tard... qui sait ?
Un dernier texte qui ne clôt pas l'histoire et nous laisse un peu sur notre faim.
Dommage que le petit Jules soit "expédié" aussi laconiquement. mais c'était sans doute commencer une nouvelle histoire.
Certes, la rêgle de la nouvelle veut qu'on soit relativement bref et qu'on ne se perde pas dans une multitude de personnages mais comme tu nous as charmé depuis le début, l'impresssion de trop court est d'autant plus frustrante.
Bravo pour ce portrait d'un personnage attachant dans ses hésitations et ses maladresses.
Vivement la fin de mars pour la version définitive...
Bien amicalement,
Jan.
RépondreSupprimerBonjour Micheline,
Voilà une Camille bien décidée à se remettre en état promptement, en nous montrant quelques failles et tentations, avec toujours autant de fraîcheur et de délicatesse.
J'aimerais la prendre comme toubib, personnellement.
Et ce Bourlard se montre cette fois-ci très ''pro'', (le profil ''blouse blanche'') et heureusement, car Camille l'est jusqu'au bout des ongles, et ne serait sûrement pas séduite sans cela, à l'instant où elle a vraiment besoin de soins. Ses légères piques ironiques lui montrent qu'elle ne lui est pas indifférente, Mais elle aussi joue le jeu des soins médicaux.
Cependant, tout est là pour s'activer promptement dans le privé. Voilà des ''dommage !'' qui ne sont que signes d'avenir et d'ouverture. C'est bien mené, bravo, te voilà libre à cent pour cent de conclure à ta guise, ou pas ?
Véro.
Chère Micheline,
RépondreSupprimerTu as bien chatouillé mes émotions avec ce texte qui clôture ta fiction. Je me dis que Jules réapparaît pour peut-être relancer quelque chose ? Mais non !
Puis tu fais vibrer mon côté « fleur bleue » le temps de la consultation chez Bourlard. Mais non ! Le séducteur reprend son style blouse blanche !
Je suis curieuse de lire ton travail finalisé car je me demande si tu vas laisser mon esprit imaginer une suite possible ou si, toi, tu vas proposer une conclusion nette et tranchée. Suspens !
Bien à toi FRANCOISE
Bonjour Micheline,
RépondreSupprimerCe serait bien plus facile pour moi de suivre le concert des louanges mais si je veux reter fifèle à moi-même, au risque de me prendre une triclée de critiques de toutes parts ensuite, j'ai un certains nombres de remarques à faire que je veux constructives. Il s'agit de ma perception et je ne prétends pas qu'elle soit la seule valable.
- Dans le 1er texte, quelle est l'utilité du paragraphe concernant les options professionnelles ? Est-ce juste pour nous assurer de ses compétences ?
Elle a déjà fait ses choix et ne peut tout embrasser à la fois.
"Je me suis affranchie de la tutelle du Docteur Fontaine et j'ai annoncé que je limiterais mes prestations au sein du Centre Médical." Donc le Centre Médical, c'est autre chose que la clinique du Docteur Fontaine ?
Dans le texte 3, tu nous dis qu'elle a quitté la clinique, quand tu dis qu'elle s'est affranchie de la tutelle, je n'avais pas compris ça.
Est-ce bien le lieu dans cette réunion festive de préciser que de nombreux patients l'ont suivies ; est-ce à dire que c'étaient des clients de la clinique du Dr Fontaine ou non ? Si ce sont des clients qu'elle connaissait déjà, elle connaissait aussi leurs pathologies. Pourquoi écrire "Ce qui n'a pas manqué d'ailleurs de la confronter à des pathologies inattendues? Ce serait plutôt avec de nouveau clients.
- Pourquoi ne pas remplacer le paragraphe en question par quelques pensées à propos de ses parents et de sa soeur (dont il est question dans la présentation) pour la rendre plus humaine encore et pas seulement en tant que "pro" ?
- Si elle a travaillé dans la clinique en même temps que son amie Catherine, elle devrait aussi connaître le groupe d'amis, tous dans le domaine médical et les présentations n'auraient pas vraiment lieu d'être. Evidemment, je pourrais aussi le prendre comme argent comptant. Si elle les connaît, je comprendrais mieux qu'elle aborde le problème du petit Jules.
- A la fin de ce texte et donc de la réunion festive, celui qui interroge Camille (l'ostéopathe) n'abonde pas dans sons sens. Il est juste le seul qui réagit.
- En posant cette question du petit Jules, Camille se met en danger. L'absence de réaction du groupe peut laisser suposer qu'ils sont également impuissants, comme elle (elle hausse les épaules en signe d''impuissance). Ou bien, loin d'être sceptiques, ils la jugent et s'en moquent.
Les petits rires étouffés sont-ils le signe d'un réel intérêt ou pplutôt une moquerie car tous connaissent l'ostéopathe et son comportement avvec les femme, non ?
- Il me semmble que le début du 4èmee texte est redondant avec la fin du 3ème.
Le dialogue ne fait pas beaucoup avancerr les choses. C'est un petit jeu "puéril", pourrait-on dire et je suis la première à reconnaître que les adultes sont loin d'être sérieux, par moments. Leur seule préoccupation après le speech du Dr Fontaine est de boire, manger, s'amuser mais c'est dans l'ordre des choses.
- L'ostéopathe m'apparaît comme un goujat : n'est-ce pas ce moquer de dire à un médecin "Vous savez "ostéopathe" ! Celui qui soigne ... crac-crac... Et les autres éclattent de rire.
- Camille a bon caractère, elle est juste déstabilisée. Et en plus elle s'est amusée (à ses dépens) de la bonne humeur communicative. Elle est pourtant la seule à être dans le thème de la réunion festive dont l'objectif généreux est la médecine infantile.
- Dans le texte 5, voilà Camille qui nous fait un acte manqué, une chute dans le jardin, qui la rend incappable de rejoindre Catherine et les autres pour une promenade en forêt. Bravo l'empathie de Catherine ! Tu ne vas pas nous faire ça ? Et elle plaisante sur le fait qu'elle va manquer à Bourlard.
RépondreSupprimer- Comment le petit Jules connaît-i l'adresse de Camille ? N'aurait--il pas été plus logique qu'il dépose le dessin dans la boite au lettre de son cabinet médical ? Normalement elle doit prendre le volant pour y accéder mais comme elle a mal au pied et à l'épaule, elle y va à pied.
- Le dialogue au téléphone dans le 6ème texte sonne creux. Si Bourlard vvient de l'appeler, elle n'a pas besoin de se faire connaître en répétant son nom, sa qualité et demandder s'il se souvient.
- Quelques heures plus tard, elle prend le volant pour aller au cabinet de l'ostéopathe alors qu'elle est allée à pied à son propre cabinet, par prudence.
Suis-je trop pointilleuse et à mauvais escient ? Tu me le diras.
Bon travail !
Gisèle
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
RépondreSupprimerBon travail
RépondreSupprimerBonjour Micheline,
RépondreSupprimerUne fin ouverte cohérente avec la psychologie de ton personnage et avec le déroule ment de la nouvelle. Un détail : elle part « à pied » parce qu’elle n’est pas en état de conduire mais elle a une cheville en compote ! Ne prendrait-elle pas plutôt un taxi ?
L’écriture est comme d’hab, fluide et agréable. Le travail de mise au point sera donc très léger sur le plan de l’écriture, mais tu pourrais peut-être revoir l’ensemble en tenant compte des questions pertinentes soulevées par Gisèle dont l’intérêt pour ta nouvelle me décharge de ce travail pointilleux. Merci à elle.
Je pense que tu aurais aussi intérêt à dégager davantage les lignes de force de ton texte. Il semble que Camille – bien qu’annoncée en couple sur sa fiche – soit en mal d’amour, à moins que ce ne soit une habitude chez elle de considérer chaque homme qu’elle rencontre – le coiffeur, le kiné – sous l’angle d’un partenaire possible. Un jeu ? Un besoin de se rassurer sur ses capacités-de séduction ? Peut-être un brin de nymphomanie ? Ce qui serait intéressant par rapport à ce dernier texte. En fait il est possible que le kiné soit resté très professionnel et qu’elle ait imaginé ce qui se passait dans son dos. Si tu esquissais un épisode de même nature chez le coiffeur, sans insister, cela donnerait de la chair à ton personnage. En même temps, je pense, comme la majorité de tes lecteurs, que tu pourrais développer la relation au petit Jules et à sa famille pour accentuer le contraste entre les différents aspects de la personnalité de Camille : professionnelle rigoureuse et…
C’est une suggestion, c’est toi quoi décides.
Bon travail