dimanche 19 décembre 2021

 

                                                            3.

     Le Dr. Fontaine a insisté pour qu’elle se joigne à ce drink de bienfaisance qu’il organise en sa clinique.

Et Camille s’est laissé convaincre. Pourquoi pas, elle lui doit bien ça, à ce cher docteur !

   Lorsqu’elle franchit le seuil du hall qui mène à la salle réception, le local est déjà plein de monde. L’ambiance est cordiale, les bulles circulent, ça papote, ça sourit à droite et à gauche : toutes choses qui permettent  à Camille de se sentir tout de suite à l’aise. De loin déjà, Catherine, ex-collègue de travail, lui fait un grand signe amical pour l’inviter à la  rejoindre. Camille n’hésite pas, se fraie un chemin pour  tomber dans un groupe d’amis qui l’accueille avec bonhommie. Les présentations sont faites rapidement : « Voici, Jean, il est gynéco…Elle, c’est Sylviane, dermato… ». Bref, on fait connaissance dans la simplicité.

-Et voici, Camille, s’exclame Catherine ! Mon amie et… accessoirement généraliste ! Dis donc, toi,  tu as vachement changé de look!

-Quoi ? Ma coiffure ? Ah, oui, un coup de tête !

Tous les regards sont tournés vers elle avec un sourire admiratif.

Alors, un peu confuse d’être tout à coup le centre d’intérêt, elle rit et,  pour meubler un vide, se met à raconter le virage qu’elle a effectué ces derniers temps: sa décision subite de changer de coiffure, les aménagements apportés à son cabinet de consultation, les grandes lignes du renouveau de son quotidien depuis qu’elle a quitté la clinique, et sa satisfaction de voir qu’un  nombre plus que satisfaisant de patients l’a suivie… Ce qui n’a pas manqué d’ailleurs de la confronter à des pathologies inattendues.

On approuve, on opine du bonnet, on sourit autour d’elle : les uns et les autres ont aussi connu ça.

   Puis  – ça lui vient comme ça ! – elle se sent l’irrépressible envie de leur faire part de l’histoire de Jules. Oui Jules, ce brave gamin qu’il a bien fallu traîner devant une blouse blanche parce que « Ca ne roule pas comme il faut, Docteur ! ». Elle avait  écouté les doléances de la mère, sans pour autant perdre de vue l’enfant devant elle, penaud,  coincé un  mal être douteux, vraisemblablement victime d’une pesante pression familiale. Que faire ?

Camille interpelle les confrères à droite et à gauche,  hausse les épaules en signe d’impuissance

-Mais ce qui est curieux, renchérit-elle aussitôt, c’est que l’histoire ne s’est pas arrêtée pas là !

Et de raconter comment, quelques jours plus tard, au Supermarché, elle était tombée sur le même  Jules, au rayon librairie.

-Tiens, qui voilà ! Bonjour, Jules ! Comment tu vas ? Qu’est-ce que tu fais ici, tout seul ?
-Docteur… !

A mots comptés, lorsqu’elle s’était penchée vers l’enfant pour le questionner, il avait expliqué que sa mère était là-bas au rayon boucherie et qu’il en profitait pour regarder les différentes couleurs de marqueurs.

Elle avait alors saisi l’occasion : « Tu aimes dessiner, Jules ? »

-Je ne sais pas ce qui m’a pris, conclut-elle en se mordant les lèvres. Je l’ai encouragé, et suggéré même de me faire un dessin. Est-ce que j’ai bien fait ? Vous croyez que j’ai outrepassé ma réserve professionnelle vis-)à-vis des parents ?

Tout le petit groupe est resté attentif à son histoire mais semble sceptique…

Catherine n’a pas bronché. Tous s’abstiennent poliment ou esquissent une petite moue dubitative. Ils ne savent que dire…

Mais une voix vient de s’élever, à l’arrière du groupe :

-Mais pourquoi se torturer ainsi ?... Camille, c’est ça ? Pourquoi toutes ces questions, Camille ?

Elle s’est retournée, surprise.

Qui c’est celui-là,  qui abonde en son sens ?

L’autre sourit :

-On peut en reparler, si vous dit… ?

9 commentaires:

  1. Bonjour Micheline,
    D'abord le refrain habituel sur ton style élégant, ta langue raffinée et ton art de nous captiver par des textes jamais longs mais condensés.
    Le couplet final : une rencontre qui nous surprend et surprend surtout Camille...
    Nietzsche me demande : un Apollon ou un Dionysos ?
    Je pensais qu'elle était en couple,selon la fiche d'identité, mais il est vrai qu'on n'a, me semnble-t-il, que très peu eu affaire à son compagnon.
    Autre couplet : la réception. C'est simple, on s'y croirait, avec les conversations convenues et inévitables entre carabins.
    La description en est d'autant plus légère que c'est souvent un moment lourd de platitudes,. Bravo pour cet expoit !
    Couplet principal à venir : Camille, contrairement à son habitude, va se donner corps et âme à ce nouveau venu...
    Pas très original mais je pensais d'abord te proposer qu'elle le malmène comme elle ne l'a jamais fait avec un homme !
    Tu te lâcherais à envisager une relation sado-maso ?
    Avec ton style ce ne pourrait qu'être étonnant et remarquable...
    Bien amicalement,
    Jan.


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  2. Bonjour Micheline,
    C'est toujours un réel plaisir de lire ta prose. Tu sais brosser avec brio un tableau de groupe; on s'y croirait. Mais que va-t-il arriver à Camille ? cette rencontre qui s'amorce aura-t-elle des conséquences sérieuses, professionnelles ou sentimentales ? Et qui de Jules ? Quel secret ce gamin a-t-il à révéler à Camille ? Et comment cette dernière va-t-elle en gérer les suites ? J'ai hâte d'en savoir plus.
    Passe d'agréables fêtes de fin d'année. Au plaisir de te lire,
    José

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  3. Bonjour Micheline,
    Que peut-il bien manquer à Camille ? Le juste dosage entre empathie et protection de soi ? En ce cas l'intervention du mêle-tout surgi de nulle part pourrait être celle d'un psy. Psy que je verrais bien un tantinet trop perclus de certitudes pour plaire à Camille... mais qui pourrait quand même lui offrir un autre regard sur elle-même.
    Je me suis posé la question: il n'y avait que des toubibs invités à cette réception ? Où donc sont tous les autres: infirmiers, personnel administratifs et autres kinés ? Là aussi, il y a matière à autre regard...
    Je te souhaite que le meilleur te soit réservé pour l'année à venir et que d'ici là, tu passes d'agréables fêtes.
    Amicalement.
    Andrée

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  4. Bonsoir.
    Tu as vraiment le don d’animer un texte avec une écriture déliée et très souple. Il te faut peu de phrases pour mettre tes lecteurs en situation. En l’occurrence tu es parvenue à ce que je me sente au cœur de cette réception, navigant avec Camille parmi les invités puis participant aux échanges un peu convenus entre médecins.
    Ton héroïne me plait : simple, naturelle, pas encore contaminée.
    Le partage de son expérience avec Jules n’a pas le retour attendu. Cela permet l’arrivée d’un sauveur. Où tu vas nous emmener avec ce personnage ? Je suis curieuse de le découvrir. Te connaissant un peu, il ne devrait être ni psy, ni potentiel amoureux. Quelle sera la surprise ?
    Je te souhaite des Fêtes réussies et une superbe entrée en 2022. FRANCOISE

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  5. Bonjour Micheline,
    Je ne donnerai pas d'avis sur ton style, cela a déjà été fait. Dans la mesure du possible, j'essaie d'avoir un regard différent sur le personnage. Il semble que ce soit difficile pour Camille de recevoir un avis éclairé sur le problème qu'elle expose. Est-ce parce que ce n'est ni le lieu, ni l'endroit et surtout, pas le momment
    ? Ce groupe de docteurs est là pour faire acte de présence et pour ce détendre entre confrères.
    Peut-être aussi que poser des questions sur une situation vécue dans le cadre de son travail de généraliste, c'est s'exposer à la critique, au jugement. C'est montrer peu de confiance en soi et peu de maîtrise de la situation.
    Le dernier intervennant peut aussi bien se poser en sauveur et l'aider à y voir plus clair tout comme il peut, selon son attitude, renforcer le manque de confiance de Camille. Mais celle-ci est peut-être surtout "consciencieuse", ce qui est tout à son honneur. C'est à toi d'en décider.
    Quoi qu'il en soit, je me sens maintenant très intéressée par le cas de Jules.
    Je te souhaite une belle transition vers l'an 2022 puisque, déjà, la fête de Noël est pour ainsi dire derrière nous mais l'esprit de Noël peut subsister.Gisèle

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  6. Bonjour Micheline,

    Un texte d’ambiance dont tu t’es fait une spécialité : observation précise, légèreté et élégance dans l’expression et… une ébauche de rencontre. La consigne suggérait qu’un proche donne un conseil à Camille. Tu anticipes sans doute un peu la proximité. Pour l’instant il s’agit d’un personnage de rencontre qui deviendra peut-être un proche. Pourquoi pas ?
    Le fait que Camille, dans une réunion mondaine, prenne l’initiative d’évoquer le cas du gamin avec ses confrères la rend particulièrement attachante. Cela en en dit long sur sa conscience professionnelle et surtout sur l’intérêt qu’elle porte à cet enfant, mais aussi sur une certaine naïveté, un comportement en désaccord avec les codes de la mondanité : on n’aborder pas publiquement un problème personnel et sérieux dans un cocktail, ce qui est mis en évidence par l’intervention de l’inconnu qui propose d’en parler en privé.
    « Elle avait écouté les doléances de la mère, sans pour autant perdre de vue l’enfant devant elle, penaud, coincé un mal être douteux, vraisemblablement victime d’une pesante pression familiale. »
    La phrase me semble un peu alambiquée, ce qui est très rare sous ta plume. Il serait préférable de montrer l’enfant plutôt que de dire ce qu’il éprouve. Je pense à quelque chose comme :
    ». Elle avait écouté les doléances de la mère, sans quitter des yeux l’enfant qui gardait la tête baissée et se tortillait sur sa chaise en proie à un mal être évident, vraisemblablement victime d’une pesante pression familiale.
    J’ai aussi un souci de cohérence : comment Camille a-t-elle fait dessiner le gamin dans les travées du supermarché ?
    Dans le chapitre suivant, Camille va exercer une pression, se livrer à une manipulation, tenter une séduction… au choix ou tout cela à la fois ! Je pense qu’elle a maintenant deux objectifs pour pallier son sentiment d’impuissance : venir en aide au gamin et approfondir la relation avec l’inconnu.
    Bon travail

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  7. MICHELINE B.
    J'aime décidément beaucoup le côté « Bien dans ses pompes » de Camille. C'est tout naturellement qu'elle se tourne vers les autres, aussi facilement qu'elle s'était recentrée sur elle-même. La voilà maintenant bien entourée pour mettre en place sa nouvelle vie. C'est alors que survient ce coup de théâtre avec l'arrivée du « Père Noël » : alors que l'assemblée semble hésiter, en quelques mots la réponse à ses questions et un soutien tout naturel que l'on sent poindre... Bravo, voilà ce qui s'appelle une ouverture « grand-angle » !

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